Le bien-être et la santé par l'art des mains
Corinne LUCQUIN
Diplômée de la Fédération Française de shiatsu traditionnel
Selon l’approche de la médecine orientale, la santé est synonyme d’adaptation entre l’interne et l’externe, entre nous-mêmes et notre environnement, qu’il soit climatique ou relationnel. Une juste relation avec ce qui nous sollicite en permanence nous permet de rester intègres et autonomes, gardant notre énergie pour nourrir notre bien-être et notre goût de vivre notre vie. Les Orientaux parlent de l’art de « nourrir la vie », qui n’est pas toujours en accord avec ce dont nous croyons avoir besoin pour notre bonheur…
Ainsi la faculté à s’adapter aux changements extérieurs ou intérieurs, qui sont l’expression même de la vie, dépend de l’équilibre du milieu intérieur : de la qualité du « terrain » dépend le fonctionnement plus ou moins juste du corps et sa capacité de réajustement permanent. Cette faculté s’éduque et se cultive, c’est là tout le sens de la prévention de la santé selon l’optique orientale.
La santé n’est donc pas réduite à la simple absence de maladie ou d’infirmité, mais, comme d’ailleurs le déclare l’OMS en 1946, elle est un état de bien-être total physique, social et mental.
La santé permet donc de s’adapter à son environnement et d’y intervenir positivement.
L’individu doit savoir réagir, en s’organisant, aux stress et stimuli de son environnement ;
Il doit pour cela être mis dans les conditions de gérer
lui-même sa santé, c’est-à-dire qu’on
doit mettre à sa disposition les moyens et les connaissances
pour le faire, afin de le libérer de la dépendance
passive à un thérapeute en devenant lui-même
responsable de son état de santé.
Comme l’OMS le dit clairement et comme les traditions d’Extrême-Orient le savent depuis toujours, la meilleure façon de traiter les maladies et la santé est de miser sur la prévention.
Une énergie vitale universelle
L’idée qu’une force vitale : « QI » ou « KI » (prononcer « tchi »), que l’on traduit par « énergie » ou « souffle »,
circule dans toute matière vivante constitue le concept
fondamental de la médecine chinoise et orientale en
général.
Traduit par « énergie », le QI n’est pourtant pas opposé à la matière. En médecine chinoise, le couple énergie-matière forme un continuum. Ainsi le QI possède à la fois des propriétés de l’énergie et des propriétés de la matière.
« Le concept du QI est illimité. N’importe quel mouvement, petit ou grand, court ou long, rapide ou lent, est causé par le QI. Lorsque le QI se concentre, on le nomme matière et, lorsqu’il se disperse, on le nomme espace. Lorsque le QI se rassemble, on le nomme vie, et, lorsqu’il se sépare, on le nomme mort. Lorsque le QI circule, on le nomme santé, et, lorsqu’il stagne, maladie ».
Le QI devient tangible lorsque l’on considère ses manifestations et ses caractéristiques qui sont le mouvement, le rythme et le dynamisme.
Le QI, au sens large, c’est l’ensemble des énergies et substances présentes dans la nature et l’être humain. A l’origine de la vie, il est le flux vital toujours présent dans toutes les manifestations de la nature. Il produit toute chose par ses mouvements et ses transformations (classées en yin et yang). Il est indispensable à la constitution de l’organisme et à l’entretien de son activité vitale.
Le QI dans le corps humain
L’énergie du corps humain est le produit de la synthèse des énergies extérieures du ciel (air), de la terre (aliments), et de l’homme
(énergie ancestrale ou originelle innée). Les
énergies extérieures apportées par la nature sont
transformées et individualisées par
l’énergie originelle. A partir de ce processus,
différentes sortes de QI seront générés sous des formes allant des aspects les plus concrets -yin (matières, tissus, fluides…) aux aspects les plus immatériels-yang
(pensées, émotions, forces d’animation, de
transformation, de réchauffement…) ; c’est
sous cette forme immatérielle que le QI circule dans les méridiens.
Le QI , énergie cohésive
Le QI lie les choses entre elles : organes,
tissus, épiderme, sang, force, appétit, pensées,
etc… tous sont réunis par le QI et s’affectent mutuellement.
Le QI et l’équilibre Yin Yang
Chaque type de QI se caractérise par un certain état d’équilibre entre deux polarités : yin et yang ;
l’un ne peut pas exister sans l’autre ; ils sont
indissociables, comme le jour et la nuit, le chaud et le froid,
etc… C’est le même QI qui
circulant dans l’univers fait l’alternance du jour ou de la
nuit comme des saisons, et qui circule dans le corps humain,
normalement de façon harmonieuse, sans blocage, sans contresens.
Toute la physiologie selon la médecine chinoise est
fondée sur l’équilibre entre de grandes fonctions
énergétiques et organiques qui interagissent en continu.
Le QI est l’énergie qui circule et s’échange constamment dans une recherche d’équilibre entre les deux pôles yin et yang complémentaires.
D’où le lien très étroit entre l’univers qui nous entoure (climats, saisons) et notre « univers » ou « climat » intérieur…
Le QI : dynamique de vie
La médecine chinoise voit donc le corps humain comme un ensemble dynamique, où tout est mouvement, harmonieux et équilibré
si l’on est en bonne santé ; mais à partir du
moment où cette circulation rencontre un obstacle, le QI stagne
et provoque des troubles. Ces obstacles proviennent soit d’un
déséquilibre nutritionnel, un traumatisme, un trouble
climatique (froid, humidité par exemple), ou encore un trouble
des émotions (colère, anxiété,
tristesse…)
Rôle de liaison, d’information et d’animation La notion de méridiens se réfère au flux et à l’aspersion constante du QI,
dans son aspect subtil et animateur, dans un système de canaux
très précis et répertoriés où sont
situés les points d’acupuncture.
Les méridiens animent le sang et les fluides dans l’ensemble du corps, relient les différents systèmes organiques entre eux et avec les membres et articulations, et émergent
au niveau de la peau où on peut apprécier leur condition.
Ainsi ils relient l’intérieur à
l’extérieur, et permettent de réguler l’intérieur de l’organisme par le relais de la peau qui transmet le message.
Les méridiens ont donc un rôle de liaison et d’information
entre nos différentes fonctions organiques, tissus, organes des
sens, émotions, ainsi qu’entre notre corps-esprit et
l’environnement extérieur (climat, saison) : ils
représentent notre système d’adaptation interne et externe.
La santé est synonyme d’équilibre interne :
le système des méridiens fonctionne harmonieusement,
c’est-à-dire alterne entre les polarités yin et
yang (chaque méridien conduit un type d’énergie
plus yin ou yang) de façon continue et sans entrave.
La maladie est toujours due à un déséquilibre entre yin et yang, ce qui se manifeste par une dysharmonie dans le système méridien : le QI stagne par trop-plein ou manque et entraîne douleurs ou malaises.
Tous les méridiens sont interdépendants et se
maintiennent en équilibre mutuel : quand un état de
déséquilibre se développe dans le corps, dans un
organe ou un système, il est ressenti le long des
méridiens par des douleurs, des tensions, des boutons, des
décolorations de la peau ou d’autres symptômes.
C’est pourquoi ils sont un outil de diagnostic autant que de traitement
Le point d’acupuncture est un lieu situé sur le trajet d’un méridien et où se concentre le QI,
où il est plus superficiel et donc plus palpable (en
étudiant au microscope l’emplacement d’un point
d’acupuncture, on remarque que c’est une zone
« vide », c’est-à-dire qu’il
n’y a pas de vaisseaux sanguins, ni lymphatiques, ni nerfs ;
c’est dans ce « vide » que
l’énergie, le QI, est la plus accessible).
Lieu privilégié de perception de l’état du QI,
il permet, selon qu’on le trouve plus ou moins
« dur » ou « vide » sous
les doigts, de transmettre des informations venant de
l’intérieur du corps (diagnostic) et d’envoyer des
signaux régulateurs par l’extérieur (pressions ou
aiguilles).
En dehors de ces points d’acupuncture classiques et
répertoriés pour leur influence sur certaines fonctions
et régions du corps, le Shiatsu agit également sur
d’autres points sensibles le long des méridiens,
appelés « Tsubos »,
sur lesquels la pression apporte un soulagement. Certains points ou
tsubos peuvent être sensibles, signe de stagnation de
l'énergie, mais la douleur est toujours supportable et est
souvent ressentie comme "agréable" car la pression est
adaptée au besoin de libération du flux
énergétique.
Les Chinois ont toujours aimé utiliser l’eau comme métaphore pour le Qi. Ainsi les méridiens s’apparentent à des cours d’eau et les points à des tourbillons, des remous au cœur du courant. A l’instar de l’eau, le Qi voyage au sein des régions de l’organisme qui séparent les muscles des autres tissus. Ces tissus sont comme les berges de la rivière : si l’eau donne naissance au canal, ce sont les berges qui en influencent le flux…
En dehors des causes extérieures,
alimentaires et climatiques, conditions de travail ou manque
d’exercice pouvant occasionner un blocage de la circulation du QI , les conflits émotionnels sont une cause importante de déséquilibre interne qui entraine un mauvais fonctionnement du corps.
La vie moderne nous confronte à trop de stimuli extérieurs qui nous agressent, soit par une pression extérieure trop forte, soit par frustration face à trop de sollicitations et de désirs insatisfaits qui entrainent un conflit émotionnel constant.
En raison du lien corps-esprit, les tensions émotionnelles ou nerveuses interagissent avec le corps qui se « ferme » en attendant une réponse d’adaptation, manifestant des tensions de protection physiques ou psychiques : c’est ce qu’on appelle le stress, entrainant toutes sortes de douleurs et problèmes fonctionnels : digestifs, nerveux, circulatoires, rhumatismaux, etc, ainsi que des malaises psychologiques divers allant jusqu’aux états dépressifs.
C’est le système nerveux végétatif
qui gère les réactions de notre corps aux stimuli
externes. Il fonctionne de deux manières : soit il
s’adapte, soit il se ferme. C’est cette deuxième
fonction qui est responsable des blocages d’énergie et
donc des dysfonctionnements de notre organisme. Le corps ne lutte pas
seulement contre les microbes, mais aussi contre les facteurs de
stress. Sa principale défense est le système nerveux
sympathique qui lui permet de se fermer complètement en
attendant de pouvoir trouver une solution d’adaptation.
Quelle que soit l’agression, physique ou psychique, le corps va d’abord avoir une réaction de sauvegarde, puis
le système parasympathique prend le relais pour relâcher
les tensions quand le « danger » est passé.
Mais notre système nerveux a ses limites, et il est parfois
dérouté devant le nombre constamment croissant des
agressions, des stimuli, et il finit par ne plus donner de
réponses, ou des réponses erronées (douleurs
diverses, picotements, bourdonnements d’oreilles,
dermatoses….).
Le shiatsu, par son action de détente
profonde et globale, vise à stimuler ce mécanisme de
défenses naturelles de l’organisme et à faire lâcher les tensions créées par le système nerveux autonome. « Le
praticien applique une pression ferme qui détend le
système nerveux sympathique et permet au parasympathique de
calmer le fonctionnement des organes » (cf
« ZEN SHIATSU »). Les symptômes
présents peuvent ainsi disparaître naturellement
puisqu'ils sont devenus inutiles.
Mais il ne faut pas oublier que la maladie est un signal d’alarme
et qu’il ne faut pas ôter ce signal sans chercher à
comprendre la cause du déséquilibre et à en rendre
consciente la personne pour qu'elle puisse trouver de nouveaux
comportements mieux adaptés.